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Enseignement supérieur: la « Rilatine » est un médicament, pas un bonbon inoffensif !

19 janvier 2016

rilatine La Rilatine est un médicament à base de méthylphénidate qui stimule le système nerveux et permet d’augmenter la concentration des enfants souffrant d’hyperactivité ou de difficultés de concentration (TDA ou TDA/H). Ce médicament n’est pas inoffensif et sa consommation nécessite un suivi médical sérieux tant les effets secondaires peuvent être nombreux (perte de l’appétit, trouble du sommeil, symptôme de dépression, etc.). 

Une récente étude de De Standaard a récemment dénoncé une augmentation de la consommation de Rilatine par les étudiants en blocus. En effet, les universités flamandes craignent une augmentation du nombre d’étudiants qui consomment cette substance pour «tenir le coup» en période d’examens. Les universités de Gand, Anvers, Leuven, Bruxelles et Hasselt ont décidé de mener une enquête en interne pour évaluer l’ampleur de cette pratique.

Le nombre de pilules prescrites a quadruplé ces dernières années. Cette augmentation peut être expliquée par une généralisation de la voie médicamenteuse et une meilleure détection des élèves souffrant de troubles de l’attention, mais aussi, toujours d’après le quotidien flamand, par l’existence d’un trafic organisé entre étudiants et par l’accessibilité de cette substance sur Internet.

J’ai proposé au ministre de l’enseignement supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles, Jean-Claude Marcourt (PS) de demander que pareille enquête soit faite dans nos universités et d’entamer une campagne de sensibilisation. Une proposition restée lettre morte, comme si le problème n’existait pas. C’est malheureux !

Retrouvez ci-dessous le compte rendu complet de mon intervention

Question de M. Olivier Maroy à M. Jean-Claude Marcourt, vice- président, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et des Mé- dias, intitulée «Consommation et trafic de Rilatine dans l’enseignement supérieur»

M. Olivier Maroy (MR). – De Standaard a récemment dénoncé une augmentation de la consommation de Rilatine par les étudiants en blocus. Cette préparation d’amphétamines à base de méthylphénidate stimule le système nerveux et permet d’augmenter la concentration des enfants souffrant d’hyperactivité ou de difficultés de concentration.

Les universités flamandes craignent une augmentation du nombre d’étudiants qui consomment cette substance pour «tenir le coup» en période d’examens. Les universités de Gand, Anvers, Leuven, Bruxelles et Hasselt ont décidé de mener une enquête en interne pour évaluer l’ampleur de cette pratique.

Le nombre de pilules prescrites a quadruplé ces dernières années. Cette augmentation peut être expliquée par une généralisation de la voie médicamenteuse et une meilleure détection des élèves souffrant de troubles de l’attention, mais aussi, toujours d’après le quotidien flamand, par l’existence d’un trafic organisé entre étudiants et par l’accessibilité de cette substance sur Internet.

J’ai bien conscience que la santé publique est une matière fédérale, mais cette pratique dangereuse touche l’enseignement supérieur. Un usage inapproprié peut être dangereux et entraîner des troubles cardiaques, de la dépression, de l’agressivité et des troubles du sommeil.

Avez-vous déjà été alerté par des établissements d’enseignement supérieur de la Fédération Wallonie-Bruxelles? Disposez-vous de données chiffrées? Y a-t-il, selon vous, matière à intervenir? Le dopage des étudiants n’est pas un phénomène nouveau. Ne serait-il pas utile de relancer des opérations de sensibilisation sur les campus?

M. Jean-Claude Marcourt, vice-président et ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et des Médias. – La presse a diffusé des informations relatives à la consommation et au trafic de Rilatine dans les milieux étudiants du nord du pays. Aucune communication ne se rapportait à nos établissements d’enseignement supérieur. Cela ne veut pas dire que nos étudiants n’en consomment pas du tout. Néanmoins, la consommation en Fédération Wallonie-Bruxelles semble moins courante qu’en Flandre.

En juin dernier, je me suis déjà exprimé devant votre commission sur cette question.

La Rilatine est un psychostimulant initialement développé comme antidépresseur et conseillé aux jeunes mamans en plein baby blues. Son utilisation actuelle par les étudiants est quelque peu éloignée des intentions premières des développeurs de la molécule. La Rilatine a ensuite été prescrite aux enfants souffrant de trouble de l’attention. Cette substance agit sur les capacités de concentration. C’est cet effet qui est recherché par les étudiants.

On ne connaît pas encore les effets à long terme de la consommation de ce produit sur le cerveau. Nous savons déjà que la Rilatine peut provoquer des maux de tête, des troubles de l’appétit et du sommeil, voire un déficit de croissance.

Il est impossible de chiffrer l’utilisation de ce produit sur nos campus, d’autant que certaines consommations sont effectivement couvertes par l’INAMI. Il est, en revanche, particulièrement étonnant de constater que ce sont parfois les parents qui s’organisent pour en procurer à leurs enfants. Les responsabilités à pointer sont donc multiples, et chacun doit être sensibilisé par différents canaux.

Plusieurs outils ont été mis en place. De nombreux établissements d’enseignement supérieur ont développé des «espaces santé», qui donnent des conseils pour préparer au mieux sa session d’examen et respecter son corps et son rythme d’études. Des capsules vidéo sont également diffusées par les services de guidance. Des projets tels que «BloqueBooster» à l’ULg et «Pack en Bloque» à l’UCL sont présents pour encadrer les étudiants. L’ASBL PsyCampus de I’ULB dispense des conseils pour aider les étudiants à organiser leurs périodes d’examen. Enfin, les services d’InforDrogues sont souvent actifs dans les villes universitaires et attirent l’attention de l’ensemble des jeunes sur le danger que représente la consommation de stupéfiants, dont les médicaments.

M. Olivier Maroy (MR). – Je pense qu’il ne faut pas minimiser le phénomène.

Un reportage récent de la RTBF montrait que sur le campus de l’UCL, la plupart des étudiants interrogés connaissaient la Rilatine. Bien sûr, un reportage n’a pas la valeur d’une étude scientifique, mais certaines personnes interrogées avouaient avoir déjà testé la Rilatine.

Dans le cadre de cette question, j’ai contacté des étudiants qui m’ont confirmé que ce produit semble tenir le haut du pavé en ce moment.

Ce phénomène m’inquiète, car je connais les effets de ce médicament qui est prescrit pour des enfants qui souffrent de troubles de l’attention. Ce médicament n’est prescrit qu’après une évaluation très poussée faite par un médecin. De plus, l’INAMI est assez méticuleux quant à la délivrance d’attestations. Pourtant, il semblerait qu’un trafic de cette substance se développe, alors que ses effets secondaires, comme une accoutumance, peuvent être importants lorsqu’il n’y a pas de suivi médical.

Il convient donc d’être attentif et je vous invite à suivre les résultats de l’enquête de ces cinq universités flamandes.

Une telle démarche serait la bienvenue dans la partie francophone du pays.

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