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Plan de soutien du secteur médiatique face à la crise du Covid-19.

Face à la crise du Covid-19 qui prive bon nombre de citoyens de tout repère, qui les plonge dans l’angoisse et qui suscite chez eux un flot continu de questions, le rôle des médias est essentiel. Globalement, les journalistes actifs en Fédération Wallonie-Bruxelles ont été à la hauteur des enjeux. Ils nous ont proposé une information professionnelle, c’est-à-dire recoupée, dont les sources ont été vérifiées, équilibrée et didactique. Je parle de manière globale, chacun peut évidemment avoir un avis plus nuancé sur la production de tel ou tel journaliste ou média. Il est bon de rappeler qu’une telle information a un coût.

Le secteur est en effet confronté à un fameux paradoxe : si les Belges se ruent sur les médias, les recettes globales de ceux-ci fondent comme neige au soleil en raison de la chute des recettes publicitaires qui est de l’ordre de 60 à 80 %. Selon une enquête du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), la perte de chiffre d’affaires serait de 66 % en moyenne. Le résultat de tout cela ? Les travailleurs trinquent : les journalistes salariés sont mis au chômage partiel, d’autres ont un salaire raboté, d’autres encore se retrouvent avec une surcharge incroyable de travail et puis des centaines et des centaines de journalistes freelance sont sans revenus, brutalement privés de commandes.

Selon les calculs effectués par l’Association des journalistes professionnels (AJP), la perte encourue par chaque indépendant se monte en moyenne à 1 300 euros pour le mois de mars et à plus de 2 000 euros pour le mois d’avril. Voici deux semaines, j’interrogeais la Ministre Bénédicte Linard sur les mesures de soutien envisagées par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle m’avait expliqué qu’une réunion du gouvernement devait se réunir quelques jours plus tard pour finaliser un dispositif d’aide au secteur. Il est désormais connu et sur les rails, je m’en réjouis, car, comme l’a souligné l’AJP, jamais les médias n’ont été aussi nécessaires, mais jamais leur existence n’a été aussi menacée.

Pour résumer, le plan adopté par le gouvernement comprend quatre mesures :

  • Premièrement, il s’engage à acheter des espaces publicitaires pour une campagne de communication d’intérêt public dans l’ensemble des médias écrits et audiovisuels nationaux, régionaux et locaux, afin de répondre à la baisse drastique de leurs revenus publicitaires. Ces espaces permettront à notre Fédération Wallonie-Bruxelles de mener des campagnes d’intérêt public. Un montant de 1 383 043 euros est prévu à cette fin ;
  • Deuxièmement, une enveloppe budgétaire de trois millions d’euros viendra en aide aux médias dont la viabilité est menacée en raison de la crise du Covid-19. Différentes conditions ont été fixées pour bénéficier de ces aides ;
  • Troisièmement, un soutien direct sera octroyé aux journalistes indépendants avec une augmentation de 550 000 euros des moyens consacrés au Fonds pour le journalisme. Ces moyens complémentaires seront répartis sur des appels à projets mensuels organisés jusqu’à la fin de l’année ;
  • Quatrièmement, il s’agit de permettre la transition du secteur médiatique vers un modèle économique moins dépendant de la publicité. L’idée est d’agir à plus long terme, pour renforcer structurellement le secteur et lui permettre d’évoluer. Cela passera d’abord par la réalisation d’un audit exhaustif du marché publicitaire francophone.

Je salue ces mesures prises par le gouvernement. J’aurais cependant voulu obtenir quelques précisions. J’ai donc interrogé la Ministre à ce sujet.

  • Le gouvernement va acheter des espaces publicitaires pour soutenir les médias. C’est très positif. Comment seront répartis ces achats ?
  • Quels critères seront appliqués ?
  • Est-ce que tous les médias sont concernés par ces achats d’espaces publicitaires ?
  • J’ai compris que la RTBF pourrait en bénéficier, mais des médias tels que «Wilfried» ou bien «Le Ligueur», pour ne citer que deux exemples parmi d’autres, pourront-ils bénéficier des achats d’espaces ?
  • L’Union belge des annonceurs (UBA) et le patron du groupe Rossel ont suggéré de mettre en place un crédit d’impôts pour les investissements publicitaires dans les médias belges. Cette décision dépend du niveau fédéral, mais soutenez-vous cette demande ?
  • Considérez-vous que les médias publics et privés doivent pouvoir bénéficier d’un accès identique à l’enveloppe de trois millions d’euros d’aide ou pensez-vous au contraire qu’une différence de traitement devra s’appliquer entre les sociétés privées et les opérateurs publics qui sont, eux, subventionnés ? Je vise bien évidemment la RTBF, mais aussi les télévisions locales. RTL-TVi ne relève pas des compétences territoriales de la Fédération Wallonie-Bruxelles, mais bien du Grand-Duché du Luxembourg. Confirmez-vous que RTL-TVi ne pourra donc pas bénéficier de cette aide ?
  • Une des balises prévoit que l’aide sera versée uniquement si le montant de la perte de recettes ou de revenus menace la viabilité de l’entreprise, pièces justificatives à l’appui. Devons-nous comprendre dès lors que la RTBF en serait exclue puisqu’avec sa dotation de plus de 270 millions d’euros, sa survie n’est pas en jeu ?
  • Une autre condition prévoit que l’opérateur s’engage à augmenter le temps d’antenne consacré à la diffusion d’artistes de la Fédération Wallonie-Bruxelles s’il veut recevoir une aide. C’est une excellente idée et c’est un combat mené par M. Gardier. J’adhère totalement à ce combat, car il est temps d’être un petit peu plus chauvin. Est-ce que la RTBF sera tenue d’appliquer cette condition même si elle ne peut bénéficier de cette aide puisque sa viabilité n’est pas menacée. Si c’est le cas, quelles initiatives comptez-vous prendre ?
  • Pouvez-vous nous expliquer comment fonctionnera concrètement le système d’appels à projets pour l’aide aux journalistes indépendants ? Si éviter de distribuer uniquement des chèques me semble une excellente idée, il faut savoir que produire des enquêtes de qualité prendra du temps. Si c’est la condition d’octroi de l’aide, elle ne remplira pas le frigo des journalistes indépendants d’ici le mois prochain !
  • Pour finir, de quelle manière envisagez-vous cette transition du secteur médiatique vers un modèle économique moins dépendant de la publicité ? Quelles formes pourrait prendre ce modèle économique alternatif qui renforcerait structurellement le secteur des médias ? Cela passerait-il par une augmentation des investissements publics ?

Voici les réponses de la Ministre Bénédicte Linard:

Mesdames, Messieurs, je me réjouis, comme vous, que le gouvernement se soit accordé, le 30 avril dernier, sur un ensemble de mesures qui constitue un assortiment que nous avons voulu équilibré : équilibré entre le court terme et le long terme, et équilibré entre un soutien aux médias et un coup de pouce aux journalistes les plus précarisés. Je vais répondre à vos questions mesure par mesure.

La première concerne l’achat d’espaces publicitaires afin de réaliser des campagnes de communication institutionnelle. Le montant alloué à cette mesure, un peu moins de 1,4 million d’euros, a été calculé sur la base des tarifs communiqués par les différentes régies publicitaires à mon cabinet. Ces tarifs, je le précise, ne contiennent pas les remises accordées habituellement à ce genre de communication. Nous avons demandé les prix pleins dans le but de soutenir le secteur. La ou les thématiques des campagnes seront déterminées collégialement par le gouvernement. Nous nous sommes également laissé la possibilité de moduler la ou les campagnes en découplant par exemple la campagne qui serait menée en presse écrite de celle qui serait diffusée en audiovisuel, ou en s’adressant aux niveaux national ou local de manière différenciée. Quant à l’agenda pour mettre en œuvre cette mesure, il va de soi que nous souhaitons avancer le plus rapidement qu’il nous sera possible de le faire, étant donné qu’il s’agit d’une mesure d’aide d’urgence.

La deuxième mesure concerne donc une enveloppe de trois millions d’euros, constituée pour aider les médias dont la viabilité est menacée par la crise du Covid-19. Aucun média n’est exclu a priori, mais il faudra, en effet, pouvoir prouver que la viabilité du titre ou du service est menacée en raison de la crise. Les autres critères que nous avons définis visent d’une part à s’assurer que la chute des revenus est bien due à la crise sanitaire, et d’autre part que tout a été et sera fait pour maintenir l’emploi, et enfin qu’aucun dividende ne sera versé aux actionnaires pour 2019. Un formulaire sera effectivement mis en ligne, sur le même principe que ce qui a été élaboré dans d’autres secteurs de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Quant à la répartition de l’enveloppe, elle fera également l’objet d’une décision du gouvernement en fonction des demandes introduites.

La troisième mesure permet un soutien aux journalistes les plus touchés par la crise du Covid-19, c’est-à-dire les journalistes indépendants et les statuts assimilés. Nous avons prévu 550 000 euros pour un soutien dont le principe est similaire à celui du Fonds pour le journalisme, à savoir une aide à la production de sujets de qualité. Les modalités exactes du mécanisme sont en cours d’élaboration. Nous avons à cœur, toutes et tous, d’atteindre les journalistes qui en ont besoin, quels que soient les secteurs qu’ils couvrent ou quelle que soit leur spécialité – la presse écrite ou l’audiovisuel – les photographes, les journalistes ou les caméramans.

Enfin, la quatrième mesure est plus structurelle, ce qui explique qu’elle ne soit pas financée par le Fonds d’urgence. La crise sanitaire a agi comme un révélateur des fragilités du secteur, et notamment dans sa dépendance aux revenus publicitaires. Le lancement de l’audit du marché publicitaire en Belgique francophone, un des projets de notre DPC, nous a donc paru évident. Évident, car il nous permettra d’avoir la vision la plus objectivée possible de la situation pour prendre des décisions pertinentes et adéquates. Nous voulons lancer cet audit rapidement, et mon cabinet travaille d’arrache-pied pour en élaborer le cahier des charges pour le marché public. Je pense qu’il est prématuré d’évoquer dès maintenant des nouveaux modèles. Je préfère attendre les conclusions de l’audit et examiner dans l’intervalle les pistes et les bonnes pratiques qui sont à l’œuvre à l’étranger. Il n’y a pas d’intérêt à réinventer la roue.

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